J’écris. Par l’écriture j’explore toutes les réalités, toutes de l’imaginaire. Par elles, grandir. Et je pulse les poèmes que j’écris. C’est-à-dire avec la voix, le corps, parfois des instruments de musique (flûte traversière, daf, castagnettes, objets), des instruments digitaux programmés pour composer des polyphonies en direct, une pédale de boucle, et aussi avec d’autres musiciens compositeurs (Michaël Filler, Jordan Quiqueret, Michel Bertier…) ou avec des poètes sonores (Kinga Tot, Maja Jantar, Martin Bakero …). Je suis alors amenée à explorer des opérations d’écritures sonores et scéniques. J’ai choisi de parler de poésie pulsée pour évoquer cette pratique vivante de la poésie.

         

Les poèmes pulsés ont pour titre île île île, magrana, putain vachement, je suis trop propre, clef en cercles, ton bouche … Je les pulse dans des salles de spectacle, devant un chêne, dans un olivier, dans des bars, dans des librairies, à la radio, dans des salons du livre à ciel ouvert, et quand je ne suis pas invitée je vais quand même réciter un poème dans la rue, dehors, parce que c’est surtout là que la nécessité du lien avec le cosmos agit et qu’on rend aux chemins leur magnétisme, au moins leurs couleurs, peut-être leurs textures.

Parmi les réunions collectives auxquels nous nous rendons il y a celles qui n’ont d’autres buts que l’échange du rien, le « don du rien », qui dans certains cas peut passer par une pratique de dépossession de soi. Ainsi, avec la voix, le corps, parfois des instruments, je cherche à ce que le poème nous permette le passage à un autre état de conscience comme les danses de transe le permettent. Le poème révèle une des fonctions du langage : celle de créer des corps nouveaux ou plus exactement des variations de structures, des nouvelles façons de marcher, des sorties vers nulle part. Le poème est un chemin offert vers nulle part. Ce déplacement sensationnel que le poème procure à l’intérieur de soi, j’ai du plaisir à en fêter collectivement la magie à travers sa performance.

Aussi, en tentant de sentir l’intensité vibratoire derrière le sens et le rythme du poème, son espace sensoriel, je trouve d’autres prononciations voire une communication non-verbale. 

La publication papier est un medium important de mon travail et je la pense essentiellement avec le graphiste Régis-Glass Togawa qui a réalisé le design de Mont Reine (éd. Supernova), Putain Vachement (éd. Tremendes), Dehors Dehors (éd. Lanskine).  On peut lire aussi des nouvelles dans la revue Pan et des poèmes dans d’autres revues (Pang, Gonzine, L’Intranquille, l’hôte etc. ). Héritage familial et vie de frontière m’ont appris le catalan. J’ai traduit le premier recueil de la poète catalane Maria-Mercè Marçal, Tanière de lunes (éd. Supernova) et publie des traductions en catalan de mes poèmes.

En 2017 je fonde l’association Radio O pour donner de la force sensible aux pratiques orales et sonores de la poésie
à travers deux perles : la revue OR, revue papier de poésie sonore et visuelle grâce à une application de réalité augmentée et Radio O, un lecteur aléatoire de poésie et de musique. Mais cette force, elle se donne aussi lors des soirées que j’organise où poètes de tous horizons se retrouvent dans des lieux dédiés ou non à la culture. Bientôt un historique en images de ces moments clandestins, sans aide autre que notre volonté que ça se passe, pour libérer un bouillonnement, toucher des réalités. Ou en écouter tout de suite les podcasts :  http://v1.radioo.online/

Pour m’écrire : annazserra@gmail.com