Poète. Parce que je reconnais l’existence du vent qui modèle l’argile du sens avec ma main. Parce que je suis amoureuse. Surtout parce que je suis sur un fil. Dans ce travail fou d’échapper sans cesse aux catégories pour apercevoir quelque chose de vrai entre un dévoilement/voilement permanent. Je ne m’identifie pas à ce que je fais, encore moins à ce que je dis, ou alors je reprends la route d’un sommet pour me détacher et revenir avec un goût du jeu plus cosmique et très sérieux. Plus le jeu est sérieux et plus le rire est extatique. Je me démesure dans l’exploration. Sans craindre de perdre les autres dans le chant polyphonique de mon âme. Je ne crains pas de me perdre comme si je m’étais trouvée. Je me perds en estimant mes peurs pour ce qu’elles dessinent mon itinéraire de plus en plus large. Elles me l’offrent à mesure que je les transcende en me reliant toujours plus sensuellement plus sensoriellement à la terre, au commun de l’expérience, grâce aux mots.

 

 

J’écris. Par l’écriture j’explore, me transfigure, approfondis la sensualité du corps-univers, laisse émerger les questions. Par elles, évoluer. Je suis influencée par toutes sortes de poèmes venant du monde entier, par mes origines catalanes, par l’époque médiévale et ses écrits mystiques, par les poètes qui m’entourent mais surtout par les expériences auxquelles me mène un fort désir de libération.

Et je pulse les poèmes que j’écris. C’est-à-dire avec la voix, le corps, parfois des instruments, des objets et aussi avec des danseurs, des musiciens compositeurs ou des poètes sonores. J’ai choisi de parler de poésie pulsée pour évoquer la pratique vivante de la poésie qui cherche à sentir son pouls en même temps que celui des cosmos. Pour donner de la force sensible à cette pratique j’ai amusé deux aventures collectives : Radio O et la Revue OR, en réalité augmentée pour faire connaître ensemble la poésie visuelle et orale. Aujourd’hui je fais pousser une association de poésie pulsée dans une ferme du Morvan. dernier vouée à sortir la poésie du livre (poésie sonore et poésie action sont les principales appellations que l’histoire a retenues) m’inspire aussi pour explorer ou improviser des opérations d’écritures sonores et scéniques.

Les poèmes pulsés ont pour titre île île île, magrana, putain vachement, je suis trop propre, clef en cercles, ton bouche … Je les pulse dans des salles de spectacle, devant un chêne, dans un olivier, dans des bars, dans des librairies, à la radio, dans les rues parrallèles des salons du livre, et quand je ne suis pas invitée je vais quand même réciter un poème dans la rue, dehors, parce que c’est surtout là que la nécessité du lien avec le cosmos agit et qu’on rend aux chemins leur magnétisme, au moins leurs couleurs, peut-être leurs textures.

Parmi les réunions collectives auxquels nous nous rendons il y a celles qui n’ont d’autres buts que l’échange du rien, le « don du rien », qui dans certains cas peut passer par une pratique de dépossession de soi. Ainsi, avec la voix, le corps, parfois des instruments, je cherche à ce que le poème nous permette le passage à un autre état de conscience comme les danses de transe le permettent. Le poème révèle une des fonctions du langage : celle de créer des corps nouveaux ou plus exactement des variations de structures, des nouvelles façons de marcher, des sorties vers nulle part. Le poème est un chemin offert vers nulle part. Ce déplacement sensationnel que le poème procure à l’intérieur de soi, j’ai du plaisir à en fêter collectivement la magie à travers sa performance. Aussi, en tentant de sentir l’intensité vibratoire derrière le sens et le rythme du poème, son espace sensoriel, je trouve parfois d’autres prononciations voire une communication non-verbale.

La publication papier est un medium important de mon travail et je la pense essentiellement avec le graphiste Régis-Glass Togawa qui a réalisé le design de Mont Reine (éd. Supernova), Putain Vachement (éd. Tremendes), Dehors Dehors (éd. Lanskine), Je suis amoureuse, (éd. Lanskine).  On peut lire aussi des nouvelles dans la revue Pan et des poèmes dans d’autres revues (Pang, Gonzine, L’Intranquille, l’hôte etc. ). Héritage familial et vie de frontière m’ont appris le catalan. J’ai traduit le premier recueil de la poète catalane Maria-Mercè Marçal, Tanière de lunes (éd. Supernova) et publie des traductions en catalan de mes poèmes.

En 2017 je fonde l’association Radio O pour donner de la force sensible aux pratiques orales et sonores de la poésie
à travers deux perles : la revue OR, revue papier de poésie sonore et visuelle grâce à une application de réalité augmentée et Radio O, un lecteur aléatoire de poésie et de musique. Mais cette force, elle se donne aussi lors des soirées que j’organise où poètes de tous horizons se retrouvent dans des lieux dédiés ou non à la culture. Bientôt un historique en images de ces moments clandestins, sans aide autre que notre volonté que ça se passe, pour libérer un bouillonnement, toucher des réalités. Ou en écouter tout de suite les podcasts :  http://v1.radioo.online/

Pour m’écrire : annazserra@gmail.com